Interview de Laurent Hissier, professionnel de la dorure

Laurent hissier maitre en dorureAujourd’hui nous avons la chance d’aller à la rencontre de Laurent Hissier, professionnel de la dorure et bloggeur partageant sa passion sur son métier qu’il effectue au château de Versailles. Vous pouvez le suivre sur son blog : dorure-versailles.blogspot.com. Pour réaliser cette interview, nous lui avons posé un panel de questions ayant pour but de vous donner un aperçu de son métier. Il nous a répondu de manière claire et détaillée pour vous faire découvrir le monde de la dorure.

 

Entretien avec Laurent HISSIER, maître en dorure

 

Comment définiriez-vous votre métier ?

Je suis restaurateur en bois doré et peintre en décors. Pour ce qui concerne la dorure, il s’agit de restaurer et  d’entretenir les collections du château. Les techniques de peinture décoratives permettent de réaliser des supports  (gaines, socles) en imitant des matières  pour mettre en valeur des objets d’art, mais également de réaliser des décors à l’occasion d’expositions temporaires.

 

Où pratiquez-vous votre métier ?

La plupart du temps dans l’atelier situé à la petite écurie du roi. Parfois un déplacement dans le château est nécessaire lorsque l’œuvre à restaurer est de taille trop importante ou bien lors d’interventions  in situ le lundi  (jour de fermeture du château). Actuellement je suis dans le musée des carrosses à la grande écurie pour restaurer la voiture du Sacre de Charles X.

 

La pratique actuelle du métier a t elle changée par rapport à la pratique historique ?

Le métier a évolué depuis quelques années car les produits ont changé. Les restaurateurs doivent s’adapter aux progrès, même si parfois les anciens ressentent une certaine nostalgie. Les normes en matière de sécurité ont obligé les grandes marques à rechercher de nouveaux procédés qui en général aboutissent à des produits d’une très grande qualité.

Par contre il est absolument nécessaire de connaître les procédés et les techniques ancestrales pour pouvoir mener à bien une restauration sur une œuvre du château. Certaines étapes en restauration comme le nettoyage ou bien le moulage bénéficient de toutes ces avancées.

 

Depuis combien de temps exercez-vous ce métier ?

Je suis arrivé au château en 1990 dans le service de l’accueil et de la surveillance de jour puis de nuit. En 2002 à la suite d’un accident je me suis mis à peindre et à copier les marbres que j’avais beaucoup observés dans le musée.

Pour compléter cette discipline j’ai voulu m’initier à la dorure. Je suis allé à la rencontre de Daniel Sievert, compagnon du tour de France des devoirs unis et doreur en titre au château depuis 52 ans , qui plutôt que de me prendre en stage a préféré me garder dans son atelier. J’ai donc commencé en 2003 à la suite d’un détachement.

 

Comment vous est venue l’envie de faire ce métier ?

C’est ma sœur, artiste peintre amateur, qui ma conseillé un jour un livre de décoration qui m’a donné le virus. Ensuite travailler dans un lieu tel que le château de Versailles ne peut pas laisser insensible. C’est en fait une passion pour les marbres du château qui m’a aiguillé vers ce métier de restaurateur.

 

Quel est votre parcours scolaires/professionnel ?

J’ai arrêté mes études après un bac D pour me consacrer à une passion plus ancienne, la musique et plus particulièrement la guitare électrique. Après avoir joué de nombreuses années dans des groupes, je suis venu à Paris pour suivre des cours au CIM (école de Jazz et d’improvisation) en 1989 et j’ai ensuite passé un concours qui m’a conduit au château, j’avais alors 25 ans. Lorsque je suis entré dans l’atelier j’étais autodidacte en peinture décorative. Daniel Sievert m’a ensuite transmis son savoir faire. D’un maître Daniel est devenu un ami ! Les rencontres sont très importantes et quelques mois après mon arrivée dans l’atelier j’ai eu la chance de faire visiter le château à Pierre Lefumat, un des meilleurs peintres en décor au niveau mondial. Pierre a voulu par la suite me transmettre également ses techniques à travers des lundis de formation dans les salles du château. Nous avons ensuite réalisé ensemble des chantiers et plus particulièrement l’exposition “Quand Versailles était meublé d’argent” en 2007 sous la direction artistique du décorateur Jacques Garcia.

Pierre Lefumat nous a quitté en 2010 et je lui suis extrêmement reconnaissant d’avoir pris le temps de m’enseigner.

 

Qu’est ce qui vous semble le plus difficile dans votre travail ?

L’art de la dorure est difficile et plus particulièrement la reparure. Cette étape, qui consiste à recréer les ornements,  les galbes,  demande beaucoup de persévérance, de travail et de modestie par rapport à tous ces grands maîtres qui ont créé les pièces sur lesquelles nous travaillons.

En ce qui concerne la peinture décorative et l’imitation des marbres, il y a un « geste », voir beaucoup de gestes à acquérir également pour arriver à recréer la matière minérale, donner un sens à une imitation, le tout devant être très artistique pour arriver à tromper l’œil.

 

Quelles sont les qualités et aptitudes requises ?

Avant tout il faut être passionné par ce que l’on fait. C’est indispensable: la qualité du travail est tout autre et de plus nous gagnons énormément de temps pour l’apprentissage de ces métiers, pour lesquels il faut sans cesse essayer de progresser.

Passion, Persévérance et modestie! Mais il faut avoir bien sûr certaines qualités artistiques comme la notion des couleurs ou du dessin.

 

Statut et revenus ? Peut-on en vivre ?

Je suis fonctionnaire de l’état et donc la fourchette salariale varie entre 1500 euros en début de carrière et 2200 euros en fin d’activité hors prime je pense. On peut bien en vivre. Il est clair qu’être restaurateur privé peut dégager plus de revenus, en ayant naturellement une clientèle fidèle, mais il y a également plus de stress surtout en période de crise. Un des plus que d’être restaurateur au château est que nous pouvons approcher des œuvres royales ayant un passé historique.

 

Qu’est ce que vous conseillez à un jeune homme qui veut se lancer ?

Mon parcours est assez atypique et je ne peux pas conseiller à quelqu’un de pratiquer un instrument et de se faire une entorse pour arriver doreur au château. Je peux lui dire que c’est un métier merveilleux, varié, riche  et qui procure beaucoup de satisfactions une fois l’œuvre restaurée et réinstallée dans une salle du château.

Pour la dorure il faut absolument trouver un maître d’apprentissage avant de pouvoir rejoindre un centre de formation délivrant  un CAP. Ensuite je pense qu’il est plus facile  d’entrer dans un atelier dans un premier temps.

Pour la peinture décorative il existe des écoles spécialisées qui enseignent les techniques d’imitation de matières, de grisailles, de grotesques ou de panoramiques. Le métier est excessivement riche et varié et fait appel à des qualités comme la rigueur, la sensibilité, le bon goût.

 

Comment a évolué et comment évolue votre métier ?

En restauration, il faut maintenant avoir des connaissances en chimie sans pour autant être chimiste. Une bonne pratique de l’informatique (et de logiciel d’image) est obligatoire pour rédiger des constats d’état et des rapports de restauration. Au château ces documents sont stockés dans une base consultable, et laisse une sorte de carnet de santé de l’œuvre. Ce travail permettra aux générations futures de savoir exactement ce qui a été entrepris, de quelle manière et à quelle période.

En peinture décorative, hormis certaines normes qui évoluent en matière de sécurité, il faut surtout chercher des solutions pour garantir  son travail dans le temps. C’est ce que j’essaye de faire au niveau des vernis.

J’ai beaucoup reçu de la part de Daniel et de Pierre, c’est pourquoi j’ai rejoins l’Ecole d’Art Mural de Versailles pour à mon tour transmettre ce que j’ai appris, et ainsi faire découvrir  et perdurer  toutes ces techniques ancestrales. Bien sûr la sortie du livre au mois de Juillet aux éditions Vial vient finaliser cet état d’esprit où le partage et la générosité tiennent  une place très importante.

 

Merci à Laurent Hissier de nous avoir répondu. Vous pouvez le retrouver et échanger avec lui au cours d’une séance de dédicaces de son livre « Art et techniques de la dorure à Versailles » chez Laverdure, grande maison spécialisée pour les restaurateurs, qui se déroulera le 27 janvier à  partir de midi (adresse: 58 rue Traversière, 75012 Paris).

Pour plus d’informations, n’hésitez pas à visiter son blog: dorure-versailles.blogspot.com. Vous y découvrirez de nombreux articles intéressants agrémentés de nombreuses photos inédites des dorures de Versailles!

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